Comment améliorer la marge
selon la profitabilité des clients

 

Comme indiqué en page d'accueil, un levier de redressement du résultat économique passe par une amélioration de la marge. Cela nécessite un diagnostic stratégique et marketing du positionnement concurrentiel face aux facteurs clés de succès afin de conserver et/ou développer les ventes à plus forte contribution ou au contraire supprimer des produits dont la marge est insuffisante. Ainsi, le retournement est créateur de valeur par une optimisation de la marge dégagée à travers l'exploitation de potentialités latentes notamment des produits, des clients, … C'est à ce niveau que se détermine le choix entre réorganisation ou restructuration, pour s'adapter et améliorer la profitabilité préalablement à une démarche d'économies de fonctionnement.

Ainsi, on ne raisonne plus produit mais créneaux, canaux de distribution et clients pour une première dimension qui concerne un re positionnement plus concurrentiel du (des) produit au regard de la concurrence et des facteurs clés de commercialisation afin de conserver et/ou développer les produits à plus forte marge. Une seconde dimension concernera le niveau de prix pratiqués.

Sur la notion de gestion de la profitabilité clients

Diagnostic marketing et positionnement concurrentiel

       1) Analyse du marché

        2) Étude de la politique commerciale et particulièrement du niveau des prix

                    21) La nécessité d'un recentrage de gamme

22) Mais il faut souvent augmenter les prix de vente

23) surtout, il faut bien se situer dans la logique économique de la branche, car le bénéfice ne se fait pas toujours de façon la plus déterminante au niveau des ventes

24) Croiser cette approche par produit, famille, gamme, avec les ventes aux plus gros clients et/ ou canaux de distribution


Sur la notion de gestion de la profitabilité clients (customer profitability management ou customer relationship management), n'est pas réservé qu'à la nouvelle économie mais est applicable également aux activités les plus traditionnelles,  voir un exemple de vulgarisation :  Gérer la relation client pour un centre équestre (exemple qui reste au premier niveau commercial exclusivement tourné vers la maximisation du chiffre d'affaires)

Il s'agit, en premier lieu, d'analyser la typologie de la clientèle, d'évaluer le coût d'acquisition et d'entretien d'un client au regard de la marge sur coûts variables qu'il apporte. Puis de segmenter les clients à conserver et ceux qu'il vaut mieux laisser à la concurrence.
Ensuite, de croiser cela avec la marge dégagée avec les différents acteurs commerciaux internes, vendeurs, directions régionales, canaux de distribution (approche
loi de Pareto) permettant de se concentrer sur les modes de distributions les plus rentables et ainsi de les développer.
Enfin, d'aménager les gammes de produits selon leur cycle de vie  (de plus en plus court) pour déterminer où porter les efforts R et D (recherche développement) selon les délais de mise sur le marché.

 

Diagnostic marketing et positionnement concurrentiel

Généralement le diagnostic marketing et commercial (voir : Éléments de diagnostic commercial)  comporte 3 volets :

1) Analyse du marché qui concourre au choix du positionnement,

Il faut d'abord un éclairage sur l'évolution de la situation relative de l'entreprise et de ses principaux concurrents. Comme souvent, il n'est pas possible de faire un longue et coûteuse étude de marché mais qu'il faut cependant impérativement vérifier ce que nous indique le commercial, notre expérience nous a conduit à retenir une approche simple et aussi bien adaptée aux entreprises nono produit ou service.

Nous vérifions à partir des 3 derniers bilans des principaux concurrents au niveau de la croissance ou la décroissance de la valeur ajoutée et de l'excédent brute d'exploitation (voir : croissance et rentabilité
). Cela permet de voir qui est en croissance ou en décroissance (parfois tous les compétiteurs de la branche) et qui améliore ou dégrade sa rentabilité.
C'est très instructif, rapide et pas cher et permet de sortir parfois d'une certaine désinformation interne.

     
% Croissance
     
             
Croissance rentable +15   Croissance non rentable  
    +10        
+15 +10 + 5 -5 -10 -15  
 % Rentabilité
    -5        
    -10        
Décroissance non rentable -15   Décroissance rentable  

 

Dans cet exemple, sur un marché atone sans croissance :

Le concurrent rouge à accru son activité au détriment de sa rentabilité. Eu égard au besoin en fonds de roulement de la branche on peut prévoir si il va vers des difficultés de trésorerie. il est également possible de déterminer l'origine de la baisse de sa rentabilité (prix de vente ou autres selon l'évolution des soldes intermédiaires de gestion).

Le concurrent vert se réorganise ou se restructure (retournement ?) en diminuant ses ventes, il augmentes sa profitabilité, ... Ses soldes intermédiaires de gestion nous éclairent sur l'origine de ses mouvements de ventes et de rentabilité.
Attention, il peut éventuellement faire de réserves de trésorerie et il sera certainement prêt lorsque le marché repartira.

Nous en orange, c'est pas si mal on a très légèrement accru l'activité sans sacrifier les prix, la rentabilité s'accroît légèrement mais on sait qu'on devrait mieux faire comme pour le concurrent verts. Notre équipe commerciale n'a pas grand mérite à avoir augmenté ses ventes puisque le vert augmentait vraisemblablement ses prix ... alors que notre commercial ne nous disent plus qu'on est trop cher ...

Il reste que les parts de marchés ne sont pas égales. Si c'est le leader qui est le concurrent vert : attention ...

Ensuite, il s'agit de rechercher une amélioration de l'offre de l'entreprise pour plus de cohérence avec l'environnement concurrentiel (triptyque produits x marchés x concurrence) afin que la demande soit plus favorable aux produits de l'entreprise. Voir : Positionnement et Veille stratégique

L'efficacité d'une politique d'amélioration des résultats d'une entreprise (retournement) va dépendre du cycle de vie du produit, du système concurrentiel (voir : Les systèmes concurrentiels) puis du positionnement de l'entreprise par rapport à sa concurrence. A ce niveau doivent être identifiés et hiérarchisés les facteurs clés de la demande (tels que prix, conception technique, qualité, délai, image de marque, …). Le choix de la réponse ne peut être idéal et il devra valoriser les points forts de l'entreprise.

Ainsi, se dégage une synthèse :

Positionnement Justification technico-économique d'un (plusieurs) avantage concurrentiel porteur d'un développement
  Cible
Mix Concept
  Produit (s)
  Service
  Bénéfice acheteur
  Prix
  Distribution
  Communication

Parfois, la simple re-formalisation du positionnement des produits / facteurs de commercialisation et de la spécificité de la réponse de l'entreprise permet de redynamiser la force de vente …

Pour en savoir plus, voir : Concurrence et avantage concurrentiel  
et pour approfondir :
Coûts et positionnement stratégique  ainsi que  Économies d'échelle et barrières à l'entrée

Ainsi, la situation de l'entreprise appréciée à travers le croisement de sa croissance et sa rentabilité doit être relativisé selon :
- le cycle de vie du produit : démarrage, développement, maturité, déclin,
- l'état du marché :
            - selon que la croissance ou la décroissance sera plus rapide que celle du marché global et des principaux concurrents
            - selon que le résultat économique sera supérieur ou inférieur à la moyenne du secteur et des concurrents comparables 
Mais il restera que si le secteur connaît des difficultés ou reste à faible marge, l'amélioration du résultat économique sera d'autant plus délicate à réaliser et qu'une évolution défavorable de la conjoncture le remettrait en cause.

Si ce diagnostic permet d'affiner la situation de l'entreprise par rapport à ses concurrents, généralement, le choix des domaines d'activités ne sera pas remis en cause, il s'agit d'opter pour une combinaison d'atouts concurrentiels à travers cette hiérarchisation des facteurs de commercialisation.
Voir un  exemple simple : L'entreprise a pris un tournant décisif  et   L'étude de marché vous pouvez la faire vous même  

Pour en savoir plus sur la stratégie de positionnement : simple par un enseignant: Analyse du potentiel stratégique,

2) Étude de la politique commerciale et particulièrement du niveau des prix d'autant que généralement dans les entreprise sous performantes, les directions au lieu de se concentrer sur un objectif d'amélioration de marge et d'augmentation des prix de vente visent le maintien ou l'augmentation du chiffre d'affaires avec des prix de vente en baisse et en conséquences la marge, ce qui ne peut qu'abaisser le résultat.


21)
La nécessité d'un recentrage de gamme
L'
amélioration des résultats nécessite parfois qu'un recentrage de (des) l'activité pour ne conserver que le (les) produit le (les) plus rentable (au niveau de la marge sur coûts directs) avec un effort commercial pour développer les ventes de ce (ces) produit et corrélativement le bénéfice augmente.
la difficulté réside souvent que le système des prix de revient, tel qu'établi par les comptables, est obsolète pour la gestion ….Voir : comment maîtriser la gestion en s'affranchissant des délais comptables  et les avantages du contrôle de gestion par coûts directs 

L'analyse en coûts directs permet d'identifier 2 sources de pertes :
- produit à marge unitaire sur coûts variables insuffisante dont il conviendra d'examiner si la cause est due à un prix de vente trop faible ou à un coût variable trop élevé,
- les lignes de produits à marge globale sur coûts variables trop faible pour couvrir des frais fixes spécifiques (par exemple frais d'études et:ou d'amortissement, ...). Il faudra notamment explorer si cela ne concerne pas spécifiquement quelques exigences, cahiers des charges, ... d'un ou quelques clients (on retrouve cela pour des fabrications spécifiques unitaire et en petits lots cohabitant avec des productions en séries), ou s'il existe un problème de sous utilisation des capacités de production faute d'effort commercial adapté, ou encore l'imputation de charges fixes (généralement d'amortissement des installations) sur des quantités de produit trop faible (produit marginal ou en phase de lancement, ...).

Parfois on identifie des produits innovants dont le lancement a échoué du fait d'un niveau trop élevé du prix en y ayant inclus trop de charges fixes qu'il aurait été préférable d'amortir sur des quantité ou des durées plus importantes ...

La marge de manoeuvre reste cependant étroite, car à l'opposé parfois le retrait d'un produit, qui apparaît peu ou pas rentable, peut engendrer des pertes du fait que sa contribution à la couverture des charges fixes viendra se reporter sur les autres produits de la gamme ou de la ligne de fabrication,

 

Exemple (réel)

Dans une entreprise faisant 15 M€ de chiffre d'affaires avec 7,5 M€ d'achats directs pour 2 produits dont A incorpore 75% des achats et B 25%  et chacun 90.000 heures de production. Ses charges représentent 7,5 M€ d'achat, 2,3 M€ de services extérieurs, 5 M€ de personnel dont  3,35 M€ de productifs et 1,65 M€ de personnel de structure, une légère perte apparaissait à 0,07 M€ annuellement.
Les frais de structure de 4,15 M€ (2,3 M€ de services extérieur + 1,65 M€ de personnel non productif + 0,2 M€ de frais financier) était affecté selon un coefficient multiplicateur de 1,375 imposé par la direction financière de la maison mère sur le total achat et personnel productif soit selon :

Produits A B
achats variables 5,625 1,875
main d'oeuvre variable 1,675 1,675
sous totaux 7,300 3,550

x 1,375 = (M€)

10,0375 4,88125
Prix unitaire en € 100,37 48,81

Le marché du produit B était le plus concurrentiel et en déclin, alors que celui du produit A, plus récent avait plus de potentiel mais les commerciaux se plaignaient d'être trop cher.
Il fallait vendre plus, ce qui n'était pas possible pour le produit B, en déclin

En considérant que peu importe la production respective des produits A ou B, il fut simulé l'influence des frais de structure sur la seule main d'œuvre direct soit un coefficient de (4,15 + 3,35) / 3,35 =  2,24

Produits A B
achats variables 5,625 1,875
main d'oeuvre variable x 2,24 3,752 3,752
total (M€) 9,377 5,6257
soit prix unitaire en € 93,38 56,26

Ainsi le produit A diminuait de 6,6% et B augmentait de 15,2%

Les ventes A ont progressé de 25% en un an (force de vent re-dynamisée) et les ventes de B n'ont baissé que de 10 %. Comme le personnel (et les syndicats) étaient sensibles à la sécurité de l'emploi, des gains de productivités ont pu être obtenu et seulement 2 embauches de mains d'oeuvre direct soit un coût de 0,06 M€

L'exploitation montre maintenant un résultat positif de O,43 M€ soit une amélioration de 0,5 M€

  A B Total
CA 11,72125 5,0643 16,78555
Achats 7,03125 1,6875 8,71875
FG     2,3
Salaires     5,06
FF     0,27
Résultat     0,4368

A noter l'intérêt de telles simulations, mais surtout, au regard d'une unité d'oeuvre constituée par l'heure productive directe et de l'imputation des achats directs, les "frais généraux" sont répartis uniformément sur la seule unité d'oeuvre. Ainsi, il n'y a plus de prix de revient "favorisé ou défavorisé" et c'est le marché qui arbitre en faveur des produits plus compétitifs.

Cet exemple est tiré d'un cas réel chez un équipementier. La situation était bien plus complexes puisqu'il existait 2 gammes de produit avec du haut (automobile) et du bas de gamme (agricole) et des productions par lots cohabitant avec de la petite série et de la grande série ...


22) Mais il faut souvent augmenter les prix de vente et réduire le nombre des produits particulièrement dans l'industrie. Pour les services les augmentations de prix sont plus délicates dans la mesure où le marché est plus sensible.


23) surtout, il faut bien se situer dans la logique économique de la branche, car le bénéfice ne se fait pas toujours de façon la plus déterminante au niveau des ventes selon l'activité, .

Ainsi, selon les politiques commerciales (réseau direct, concessionnaires, ...) pour des matériels tels que automobile, poids lourds, matériel TP, ... la politique des reprises peut engendrer des pertes. A contrario, la marge sur les pièces de rechange est parfois supérieure au bénéfice (souvent vers 4 fois le prix de revient).

Pour certaines industries les économies d'échelle ne se trouvent pas en fabrication, mais au-delà d'un certain seuil d'achat des remises très importantes sont accordées sur les barèmes usuels … et concourent ainsi directement au bénéfice dont il découle une taille critique minimale pour être compétitif.


24) Par expérience pour ce type d'investigation, nous préconisons de croiser cette approche par produit, famille, gamme, avec les ventes aux plus gros clients et/ ou canaux de distribution pour lesquels nous retrouvons souvent la loi de Pareto avec 20% des clients qui représentent généralement 80% de la marge sur coûts variables.

25) Surtout cette analyse des coûts permet de mesurer l'élasticité du résultat global aux évolutions de conjoncture. En  cas de baisse d'activité, la chute de résultat d'une entreprise est d'autant plus forte que la part des charges fixes de structure sera forte par rapport aux charges variables.

3) le troisième volet du diagnostic commercial concernera l'étude de la structure et de l'organisation commerciale ainsi que ses coûts au regard des budgets et de la marge dégagée est traité dans Comment diminuer les charges

Voir : Éléments de diagnostic commercial
 


Ainsi après l'analyse du marché, à cette étape est arrêté l'axe stratégique du retournement (réorganisation ou restructuration tenant compte du coût des licenciements éventuels) et l'essentiel de la politique commerciale reposant sur le choix du positionnement concurrentiel et du volume d'activité ainsi que le niveau des prix.


En conclusion synthétique sur la stratégie de positionnement
, une analyse par secteurs (branches d’activité, établissements ou même services à l’intérieur d’un même établissement, etc.) s’impose pour apporter une réponse à 2 questions essentielles :
- pour le niveau d'activité visé (selon le positionnement concurrentiel retenu) : quelles opportunités et risques choisir eu égard à la situation et l'évolution prévisible de la concurrence ?
- pour le niveau de rentabilité visé (selon la compétitivité de la structure de coûts retenue) : quelle compétence distinctive retenir vu les forces et faiblesses internes eu égard à la concurrence ?

 

Voir : page d'accueil, : LE RETOURNEMENT - management de transition pour le redressement du résultat d'exploitation des entreprises sous performantes 
 

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Dernière mise à jour : 04 juillet 2004

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